8 curiosités géologiques à explorer dans la Somme
24 août 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Somme
La Somme cache sous ses paysages apparemment calmes des formations géologiques singulières, façonnées par l’eau, la craie et le temps. Voici huit sites où la terre raconte son histoire, des marais tourbeux aux coteaux crayeux, en passant par des vallées chargées d’histoire préhistorique.
1. Larris d’Hangest-sur-Somme
Perchés sur les coteaux crayeux de la Moyenne Vallée de la Somme, ces pelouses calcaires offrent un panorama rare sur le marais d’Hangest et de Bourdon. La craie affleure ici en plaques blanchâtres, créant un sol si pauvre que seule une flore spécialisée s’y accroche : orchidées sauvages, genévriers et lézards des murailles y trouvent refuge. Contrairement aux autres sites, le larris est un milieu sec et minéral, presque méditerranéen, qui contraste violemment avec les zones humides environnantes.
2. Marais de la Queue à Blangy-Tronville
Ce marais tourbeux, entretenu par des pâturages extensifs, est un livre ouvert sur la formation des tourbières picardes. La tourbe, épaisse par endroits, révèle des couches de végétaux accumulés depuis des millénaires. Les étangs et prairies inondables qui le composent abritent une biodiversité fragile, comme la droséra, une plante carnivore qui piège les insectes pour survivre dans ce sol acide et gorgé d’eau. L’accès libre en fait un lieu discret, loin des sentiers battus.
3. Marais des Cavins
À Bourdon, une passerelle en bois serpente au-dessus de l’eau, permettant d’observer le marais sans le perturber. Ce qui frappe ici, c’est la transparence de l’eau, filtrée par les sphaignes et les carex, qui donne aux étangs une couleur ambrée caractéristique. Les panneaux d’interprétation soulignent le rôle des marais dans la régulation des crues, mais c’est leur géologie invisible qui fascine : sous les pieds, des couches de tourbe alternent avec des sédiments argileux, témoins des anciennes divagations de la Somme.
4. Belvédère des Grandes Aiguilles
Entre Breilly et Dreuil-lès-Amiens, la vallée de la Somme se resserre pour former des falaises de craie érodées, les « Grandes Aiguilles ». Ces reliefs abrupts, sculptés par les méandres de la rivière, dominent un paysage de roselières et de marais tourbeux. Le site doit son nom à ces éperons crayeux qui, vus de loin, ressemblent à des lames de couteau. Peu fréquenté, il offre une vue plongeante sur un écosystème où l’eau et la roche s’affrontent depuis des siècles.
5. La Plume
À Abbeville, ce petit ruisseau a creusé son lit dans les limons et les argiles, créant une zone humide où prospèrent des plantes rares comme la Reine des prés. Les étangs des Jardins de la Plume, alimentés par des sources, sont un exemple parfait de la dynamique des zones alluviales : l’eau y circule lentement, déposant des sédiments qui fertilisent les berges. Le contraste entre la végétation luxuriante et le sol gorgé d’eau en fait un lieu à part, où la géologie se devine sous les racines.
6. Bois Magneux et de Fau Timon
Ces deux bois, séparés par la vallée de la Noye, révèlent les traces d’anciennes carrières de craie aujourd’hui recolonisées par la forêt. Le sentier sportif du Bois Magneux suit les crêtes, offrant des points de vue sur les coteaux crayeux où affleurent des bancs de silex. À Fau Timon, la forêt plus dense cache des dolines, ces dépressions circulaires formées par l’effondrement de poches de craie dissoute. L’endroit est idéal pour comprendre comment l’eau a modelé le sous-sol picard, bien loin des paysages plats qu’on lui prête.
7. Vallée d’Acon
La Chaussée-Tirancourt abrite une vallée dont le relief a dicté son histoire : les hommes du Mésolithique y chassaient, puis les Romains y ont construit un camp fortifié. Les pentes douces de la vallée, creusées dans la craie, forment un amphithéâtre naturel où les couches géologiques sont visibles à l’œil nu. Le site est unique car il superpose une histoire humaine millénaire à une géologie simple mais éloquente : ici, la craie affleure en strates horizontales, comme les pages d’un livre ouvert sur le passé.
8. Domaine du Marquenterre
Au cœur de la baie de Somme, ce domaine est un condensé des dynamiques géologiques côtières. Les dunes, les marais et les roselières sont façonnés par les marées et les vents, qui déplacent sans cesse les sédiments. Les vastes pinèdes, plantées au XIXe siècle pour fixer les sables, cachent des dépressions humides où la tourbe s’accumule. C’est l’un des rares endroits où l’on peut observer en un seul lieu les effets conjugués de l’érosion marine, de l’accumulation de sédiments et de l’intervention humaine sur un paysage en perpétuelle évolution.