Ce week-end dans le Pas-de-Calais : quand l’art et l’histoire racontent le territoire
16 septembre 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Pas-de-Calais
Le Pas-de-Calais se révèle ce week-end comme un territoire où les traces du passé ne demandent qu’à être réinterprétées, qu’elles soient industrielles, végétales ou humaines. Entre Calais, berceau d’un patrimoine maritime et portuaire unique, et les paysages plus discrets de l’arrière-pays, les propositions oscillent entre hommage et réinvention. Voici de quoi composer un week-end où l’on ne se contente pas de regarder, mais où l’on participe, on questionne, on répare.
Calais, ville-phare
Si une seule étape devait concentrer l’attention ce week-end, ce serait Calais. La ville déploie une programmation qui lie son identité à des enjeux contemporains, sans jamais tomber dans la nostalgie stérile. L’exposition « Les Phares de la région Hauts-de-France : un patrimoine à préserver », visible depuis le 11 septembre, offre un prétexte idéal pour redécouvrir ces sentinelles du littoral. Mais c’est surtout « Patrimoine en péril : raviver, réimaginer l’église Notre-Dame de Calais » qui retient l’attention. Les élèves qui animent cette visite ne se contentent pas de raconter l’histoire d’un monument endommagé par la guerre : ils invitent à réfléchir à sa place dans la ville d’aujourd’hui. Comment un édifice du XIIIᵉ siècle peut-il encore parler aux Calaisiens ? La question, posée sans détour, donne à cette visite une dimension presque militante.
À quelques pas de là, Agathe Verschaffel expose ses dessins et peintures sous le titre « mémoire ». Depuis vingt ans, cette artiste calaisienne capture les façades d’usines abandonnées, transformant la ruine en une archive visuelle. Son travail, à la fois documentaire et poétique, rappelle que le patrimoine ne se limite pas aux monuments classés : il est aussi dans ces structures industrielles qui ont façonné le paysage et les vies locales. Une exposition qui résonne particulièrement dans une ville où le port a longtemps été le cœur battant de l’économie.
Entre terre et mémoire
Pour ceux qui préfèrent sortir des sentiers battus, le parcours Baludik « Sur les traces d’Éléonore Delamine » à Ablain-Saint-Nazaire propose une expérience immersive dans l’histoire de la Première Guerre mondiale. Conçu par des collégiens et l’Office National des Combattants, ce parcours transforme une balade en enquête, où chaque étape révèle un fragment de vie dans les tranchées. L’originalité du projet réside dans son approche pédagogique : ce ne sont pas des historiens qui racontent, mais des adolescents qui ont eux-mêmes creusé les archives pour donner corps à cette histoire. Une manière de rappeler que la mémoire se transmet aussi par ceux qui la reçoivent.
Plus au sud, à Penin, le parc botanique « Reflets de Jardin » offre une parenthèse végétale. Avec ses 2000 variétés sur 5000 m², ce jardin d’inspiration anglaise est un lieu où la nature se fait œuvre d’art. Le tarif d’entrée (10 €) peut sembler élevé, mais il se justifie par la rareté de certaines espèces et l’entretien méticuleux des lieux. Un détour idéal pour ceux qui cherchent à allier botanique et esthétique, loin des jardins standardisés.
Réparer, danser, peindre
Le week-end s’annonce aussi comme une invitation à mettre la main à la pâte. À Cucq, l’atelier Repair Café organisé par l’association Trécustel propose de redonner vie aux objets en panne. Entre 17h et 19h, on y apprend à réparer plutôt qu’à jeter, dans une ambiance conviviale où les savoir-faire circulent. Une initiative qui prend tout son sens dans une région où l’industrie a laissé des traces, parfois lourdes, sur l’environnement.
Pour clore le week-end en beauté, le spectacle « Femmes sur le fil » à Carvin mêle danse et acrobatie autour d’un propos plus profond qu’il n’y paraît. Deux agrès, un cube ouvert et un fauteuil servent de décor à une performance où le corps, à la fois puissant et fragile, devient le vecteur d’une réflexion sur la condition féminine. Un spectacle qui, par son minimalisme, laisse une large place à l’émotion.
Autour du week-end : des lieux qui résistent au temps
Si ces propositions ne suffisent pas à remplir votre agenda, quelques lieux permanents méritent le détour. À Oignies, le 9-9 bis incarne cette mémoire minière qui a marqué le bassin houiller. Moins fréquenté que le Louvre-Lens ou la fosse Delloye, ce site offre une plongée dans l’univers des mineurs, avec une touche musicale qui le distingue des autres lieux de mémoire. À Montreuil-sur-Mer, l’abbatiale Saint-Saulve rappelle que l’histoire religieuse du Pas-de-Calais est tout aussi riche que son passé industriel. Fondée au Xᵉ siècle, elle a traversé les siècles malgré les catastrophes naturelles, comme un symbole de résilience.
Ce week-end, le Pas-de-Calais se dévoile comme un territoire où chaque pierre, chaque plante, chaque objet cassé a une histoire à raconter. À vous de choisir laquelle écouter.
Pour en savoir plus
- Exposition : « Les Phares de la région Hauts-de-France : un patrimoine à préserver »
- Parcours Baludik : Sur les traces d'Éléonore Delamine, une enquête dans les tranchées
- Atelier Repair Café
- Femmes sur le fil
- Exposition : la colonie des peintres d'Étaples en baie de Canche
- Patrimoine en péril : raviver, réimaginer l’église Notre-Dame de Calais
- Wateringues et canaux de Calais, patrimoine vivant passé, présent et futur ?
- "mémoire" - exposition d'Agathe VERSCHAFFEL (dessin et peinture)
- Le patrimoine Vivant végétal : Visite libre du Parc Botanique "Reflets de Jardin"
- Exposition DETOURS - Loin du Bercail
- 9-9 bis
- A La Maison - lieu culturel
- A.D.A.C (Association pour le Développement Artistique et Culturel)
- Abbatiale Saint-Saulve