Le Pas-de-Calais entre mémoire et audace : cette semaine où tout se joue
14 septembre 2026 · La rédaction de Sortir dans les Hauts-de-France · Pas-de-Calais
Cette semaine, le Pas-de-Calais se transforme en un territoire où l’histoire se raconte à plusieurs voix. Entre les murs des églises centenaires et les scènes éphémères des villages, une même question semble traverser les événements : comment préserver, réinventer ou simplement écouter ce qui nous entoure ? Pas de folklore ici, mais des propositions qui mêlent l’intime et le collectif, le passé et l’inattendu.
Quand le patrimoine devient une enquête
À Ablain-Saint-Nazaire, ce sont des collégiens qui prennent les rênes d’une enquête historique le 17 septembre. Avec l’Office National des Combattants, ils ont conçu un Parcours Baludik sur les traces d’Éléonore Delamine, figure des tranchées de 14-18. L’idée ? Faire revivre une mémoire locale à travers une application de géolocalisation, où chaque étape révèle un fragment d’histoire. Une façon de rappeler que le patrimoine n’est pas qu’une affaire de pierres, mais de récits – et que ceux-ci peuvent être portés par des adolescents d’aujourd’hui.
À Calais, deux rendez-vous prolongent cette réflexion. D’abord, l’exposition sur les phares (visible dès le 11 septembre), qui replace ces sentinelles du littoral dans leur contexte : non pas comme des monuments figés, mais comme des ouvrages nés de besoins concrets, menacés par le temps et les éléments. Puis, le 18 septembre, une balade autour des Wateringues – ces réseaux de canaux et de pompes qui ont façonné le visage de la ville. On y découvre un aqueduc caché, une station de pompage, et surtout, l’ingéniosité des hommes face à l’eau. Le patrimoine, ici, n’est pas un décor : c’est une leçon d’adaptation.
Un coup de cœur : quand la scène devient un refuge
Parmi les propositions de la semaine, une se détache par son audace et son intimité : la Caravane la Vagabonde, qui s’installe à Vendin-le-Vieil le 16 septembre. Ce n’est pas un simple spectacle, mais un lieu de rencontre éphémère, une caravane posée « à la croisée des chemins » pour accueillir les habitants. Dans un territoire où les salles de spectacle sont souvent concentrées dans les grandes villes, cette initiative rappelle que la culture peut aussi se glisser dans les interstices, là où on ne l’attend pas. Un pari risqué, mais qui résonne avec l’esprit du Pas-de-Calais : celui d’un territoire où l’on improvise, où l’on se serre les coudes, et où les frontières entre artistes et public s’estompent.
Pour ceux qui préfèrent l’énergie brute, le concert psych rock de Hibushibire à Fampoux le 14 septembre s’annonce comme un autre moment fort. Le groupe japonais, déjà plébiscité l’an dernier à Lille, partage l’affiche avec Atoko, un collectif lillois qui mélange psychédélisme et jazz. Une soirée où la musique devient une expérience physique, presque hypnotique – et où le Pas-de-Calais, souvent associé à son littoral ou à son histoire minière, se révèle aussi comme un terreau pour l’expérimentation sonore.
Des lieux à arpenter, au-delà des sentiers battus
Si les événements de la semaine offrent des échappées ponctuelles, certains lieux du Pas-de-Calais méritent qu’on y consacre du temps, quelle que soit la période. À Oignies, le 9-9 bis incarne cette mémoire ouvrière qui a façonné la région. Ancienne fosse minière, le site a été reconverti en un espace où patrimoine et musique coexistent : on y croise des expositions sur l’histoire des mineurs, mais aussi des concerts et des résidences d’artistes. Une façon de rappeler que les friches industrielles ne sont pas des reliques, mais des espaces à réinvestir.
À Montreuil-sur-Mer, l’A.D.A.C (Association pour le Développement Artistique et Culturel) propose une approche différente : associer l’art à la pédagogie, dès l’enfance. Ici, pas de cours magistraux, mais des ateliers où les plus jeunes explorent la peinture, la danse ou le théâtre. Un lieu discret, mais essentiel, qui rappelle que la culture se transmet aussi par la pratique – et que les Hauts-de-France regorgent d’initiatives qui misent sur l’éducation artistique.
Réparer, danser, filmer : des propositions qui interrogent
La semaine se clôture sur une série d’événements qui, chacun à leur manière, questionnent notre rapport au monde. À Cucq, le Repair Café du 18 septembre invite à apporter ses objets en panne pour les réparer collectivement. Une initiative qui dépasse le simple bricolage : c’est une réflexion sur la consommation, le gaspillage, et la valeur des savoir-faire manuels. À Carvin, le même jour, Femmes sur le fil propose un spectacle où danse et acrobatie explorent la puissance et la fragilité du corps. Sur scène, un fauteuil et un cube ouvert deviennent les supports d’une performance où chaque mouvement raconte une histoire.
Enfin, à Belle-et-Houllefort, le 16 septembre, un jeune réalisateur présente VIVA : Petite odyssée dans un trou noir, un film « monstre » qui ambitionne de sauvegarder tous les souvenirs de l’humanité. Le projet, à la fois ambitieux et dérisoire, interroge notre rapport à la mémoire – et notre obsession à tout conserver. Une œuvre qui résonne avec l’exposition sur les peintres d’Étaples, visible au Touquet à partir du 18 septembre : là aussi, il est question de préservation, mais à travers le prisme de l’art. Ces artistes du XIXe siècle, venus de toute l’Europe, avaient choisi la baie de Canche pour sa lumière et ses paysages. Leur colonie, aujourd’hui, nous rappelle que l’art naît souvent d’un dialogue avec un territoire – et que le Pas-de-Calais, avec ses ciels changeants et ses horizons vastes, a toujours inspiré ceux qui savent regarder.
Pour en savoir plus
- Exposition : « Les Phares de la région Hauts-de-France : un patrimoine à préserver »
- Concert live psych rock : HIBUSHIBIRE heavy psych rock, Japon + ATOKO psych jazz, Lille
- la caravane la vagabonde
- VIVA : Petite odyssée dans un trou noir
- Parcours Baludik : Sur les traces d'Éléonore Delamine, une enquête dans les tranchées
- Atelier Repair Café
- Femmes sur le fil
- Exposition : la colonie des peintres d'Étaples en baie de Canche
- Patrimoine en péril : raviver, réimaginer l’église Notre-Dame de Calais
- Wateringues et canaux de Calais, patrimoine vivant passé, présent et futur ?
- 9-9 bis
- A La Maison - lieu culturel
- A.D.A.C (Association pour le Développement Artistique et Culturel)
- Abbatiale Saint-Saulve